LES HABSBOURG

08/06/2016

Quel destin étonnant que celui de cette famille originaire de la Suisse alémanique, qui entre en scène dans l’histoire au XIIIe siècle et faillit former avec Charles Quint une monarchie universelle.

 Cette dynastie sut bâtir  deux empires, l’un espagnol, l’autre autrichien en tolérant les particularismes locaux. 

 

LES HABSBOURG Par Béatrice Vaida, conférencière

 

Originaire de la Suisse Alémanique, descendant du duc Etichon, habitant le château d’Habichburg cette petite famille ducale prit de l’importance sous le  règne de Rodolphe en 1278. Ce dernier est élu Empereur du Saint Empire Romain Germanique, titre  accordé à Rodolphe pour contrer la puissance d’un  souverain redouté, le roi de Bohême, Ottokar II. Rodolphe  Ier qui n’avait pas de territoire s’empare  alors des régions autrichiennes, duché d’Autriche, de  Styrie, de Carinthie, de Carniole et Frioul, dites les  possessions héréditaires des Habsbourg (auxquels  s’ajouteront le Tyrol, Fribourg, le Vorarlberg et la  ville de Trieste au XIVe siècle).  Ainsi Rodolphe Ier fut le créateur de la maison  d’Autriche et le véritable fondateur de la dynastie. 

Ascension trop rapide au gré des autres souverains,  les Habsbourg connurent une éclipse politique  jusqu’au XVe siècle, période au cours de laquelle  ils s’enracinèrent profondément dans la terre d’Autriche,  en attendant des destins plus brillants.

Au XVe siècle, le destin des Habsbourg va à nouveau  basculer. En 1438, un Habsbourg est élu à la  tête du Saint Empire. Ce n’est pas une nouveauté,  mais à partir de cette année et jusqu’en 1806, (sauf  pendant une courte période au XVIIIe siècle pendant  la guerre de succession) et bien que le titre soit  électif, ce sont des Habsbourg qui porteront le titre  d’Empereur du Saint Empire. 

En 1440, Frédéric III débute son règne. Sa vie politique  est désastreuse, mais il osera la célèbre devise  qui reste désormais attachée à la famille,  AEIOU, c’est-à-dire Austria Est Imperare Orbi  Universo (il revient à l’Autriche de régner sur l’Univers).  Quel orgueil pour cet homme qui est chassé  de sa capitale par le roi de Hongrie, Mathias Corvin.  Et aussi quelle ambition pour sa famille dont il va  changer le destin par un mariage.

En 1477 il marie  son fils Maximilien à Marie de Bourgogne. Les PaysBas,  le Luxembourg, la Franche-Comté deviennent  Habsbourg. Cette politique de mariage fera dire à ce  même Mathias, « que d’autres fassent la guerre,  toi heureuse Autriche tu te maries ». Le fils de  Marie et de Maximilien, Philippe le Beau, épouse  Jeanne, héritière des rois d’Espagne, l’Espagne devient  Habsbourg. 

Leurs fils, Charles et Ferdinand, laisseront  leurs marques sur ces régions.  Ainsi Charles célèbre sous le titre de  Charles Quint, peut se vanter de  régner sur « ce territoire sur lequel le  soleil ne se couche pas », c’est-à-dire  les possessions héréditaires d’Autriche:  les Pays-Bas, la Franche-Comté,  l’Espagne, des régions d’Italie du  nord et du sud. Ce fastueux souverain  qui n’a pas de capitale fixe voudrait  maintenir une unité chrétienne et politique sur l’ensemble  de ses terres. Déçu, amer, il va, par un acte exceptionnel pour un souverain, abdiquer et il se retire au monastère espagnol de Yuste, non sans avoir partagé ses territoires en deux branches.  Charles Quint va scinder son empire en deux.

La  branche ainée, espagnole, régie par le fils de Charles  Quint. La branche cadette, autrichienne, par le frère  de Charles Quint, Ferdinand Ier, qui porte aussi le  titre d’empereur du Saint Empire hérite des  « possessions danubiennes », soit l’archiduché d’Autriche  et par mariage le royaume de Hongrie et le  royaume de Bohème.

La Hongrie royale de l’époque  est cependant réduite à une maigre portion de terre,  dû à l’occupation de la Hongrie centrale par les Ottomans.  C’est, d’ailleurs, à partir de 1551 que Buda,  devenue capitale du pachalik ottoman est remplacée  par Presbourg (l’actuelle Bratislava) par les rois  Habsbourg comme lieu de couronnement.  Quelques souverains de la branche autrichienne vont  se succéder aussi différents de caractère que par leur  politique : Rodolphe II, l’archiduc fou d’alchimie qui  règne à Prague. Ferdinand II, sous le règne duquel se  déclenche la guerre de Trente ans qui dévaste les régions  danubiennes. Léopold Ier et sa passion de la  musique baroque.

 A force de mariages consanguins, la branche espagnole  s’éteint suivie de la montée sur le trône d’Espagne  du petit-fils de Louis XIV (Phil  trône en 1740, porte ainsi les titres  d’archiduchesse d’Autriche, de reine  de Hongrie et de Bohême et d’épouse  de l’empereur, FrançoisEtienne  de Lorraine. Les souverains  de l’Europe convoitent les riches  territoires d’une souveraine qu’ils  pensent inexpérimentée. Fréderic  de Prusse se jette sur la Silésie, province du royaume  de Bohême et Charles-Albert de Bavière occupe avec  ses armées la ville de Prague. La capitale de Bohême  sera reprise et réintégrée au royaume, mais la Silésie  est perdue à jamais pour l’Autriche. Malgré ses pertes  territoriales, Marie-Thérèse aura un règne brillant.  Son fils, Joseph II la seconde à la mort de son époux.  lls germaniseront les institutions politiques de la Bohême  et de la Hongrie. Le pouvoir des jésuites laisse  la place à celui des Jansénistes, préférés par la souveraine.  L’armée est réorganisée, le nombre de fonctionnaires  augmente considérablement, l’instruction  est développée. Marie-Thérèse marie sa nombreuse  progéniture aux princes et souverains de l’Europe gagnant  ainsi le surnom de belle-mère de l’Europe.

A la mort de la souveraine en 1780, Joseph II impatient  de régner, montre son attirance pour les idées  des Lumières françaises. Il tente de transformer le  gouvernement en despotisme éclairé. Une de ses formules  préférées et lapidaire était « tout pour le peuple,  rien par le peuple ». Il refusera la cérémonie de  couronnement en tant que roi de Hongrie et se fera  ainsi surnommé dans ce royaume « le roi au chapeau  ». La grande loi édictée au cours de son règne  est l’Édit de tolérance de 1781, qui autorise sur  ses territoires d’autres pratiques religieuses que le  culte catholique. Mais son règne est parsemé d’échecs  et d’amertume. À sa mort, son frère, Léopold II, renie  toutes ses innovations. Le fils de ce dernier vivra un  des grands événements de cette monarchie. Napoléon  occupe deux fois la ville de Vienne en 1805 et 1809.  Le visage de l’Europe transformé par les défaites autrichiennes  (Austerlitz, le 2 décembre 1805) et le couronnement  de Napoléon, empereur des Français,  oblige François II à envisager différemment l’empire.  Ce titre de Saint Empire lui paraît désormais  vide de son sens.  Il décrète donc en 1806 la fin de ce Saint Empire et il  se déclare sous le titre de François Ier, Empereur d  Autriche, titre héréditaire à la famille Habsbourg. La  deuxième préoccupation de François 1er est sa succession. 

Il laisse un gouvernement fort pour seconder  son fils épileptique Ferdinand, surnommé le Débonnaire.  Cet homme faible et malade est confronté au  plus grand mouvement du XIXe siècle en Europe centrale,  l’éveil des nationalités. 1848 est l’année de toutes  les révolutions, révolution sociale à Vienne, et révolution  identitaire à Prague et à Budapest.  Ferdinand, inapte pour gérer cette crise, abdique et  laisse le trône à son jeune neveu de 18 ans, François Joseph.  Il entame le plus long règne de la dynastie  des Habsbourg (68 ans) en matant les révolutions et  il impose un régime néo-absolutiste dans ces régions.  Ce règne est marqué de grands bouleversements, les  Habsbourg perdent les provinces de l’Italie du nord,  l’armée autrichienne est défaite par la Prusse à Sadowa  en 1866. L’Autriche cherche un soutien auprès du  royaume de la Hongrie. C’est la signature du compromis  austro-hongrois de 1867 qui donne à la  Hongrie une constitution indépendante. L’identité  nationale devient très consciente dans les provinces  de l’Autriche-Hongrie et l’empereur s’adresse à « ses  peuples ». L’apport de deux millions de Slaves du sud  avec l’annexion de la Bosnie-Herzégovine par l’Autriche  déséquilibrera le fragile édifice de ces nationalités.  L’assassinat de l’héritier au trône FrançoisFerdinand  d’Este à Sarajevo le 28 juin 1914 par  Gavrilo Princip déclenche le terrible conflit mondial qui  dévaste l’Europe pendant quatre ans. L’ultimatum  inacceptable que François-Joseph envoie aux Serbes  et sa déclaration de guerre sera le dernier acte tragique  de ce souverain. Il meurt en 1916, en plein  conflit, d’une pneumonie et laisse la lourde responsabilité  du gouvernement à son petit-neveu, Charles  Ier.

Celui-ci fera tout pour engager des tentatives de  paix séparées avec la France. Le 12 novembre 1918,  c’est la renonciation de Charles Ier, la dissolution de  l’empire Habsbourg et suite au traité de SaintGermain-en-Laye  en 1919 et au traité de Trianon en  1920, la naissance de la République d’Autriche, de la  République de Hongrie, du Royaume tri-unitaire  Serbe-Croate-Slovène, la République Tchécoslovaque  et d’une Roumanie agrandie de la Transylvanie. Les  Habsbourg voient leurs biens confisqués et partent  pour un long exil, qui se terminera tragiquement pour  Charles Ier par sa mort à Madère. 

Ainsi s’achève l’histoire du règne de la dynastie Habsbourg  dont un des derniers représentants Otto de  Habsbourg a montré son intérêt pour le destin de  l’Europe, comme député de Bavière au Parlement européen  et organisateur d’événements essentiels  comme le pique-nique paneuropéen du 19 août 1989.  A chaque pas que l’on fait à Vienne, on est confronté  aux souvenirs des Habsbourg à travers l’architecture,  les objets d’art mais aussi dans tous  les musées nationaux qui abritent les  plus merveilleuses collections de peintures  et de sculptures commanditées  ou collectionnées par les Habsbourg.  Ayant laissé moins d’œuvres à Budapest,  ils restent, cependant, présents  dans l’esprit des Hongrois grâce au  souvenir intemporel de Sissi. 

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