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Budapest par cœur : 

Des Magyars au Magyar

Ou tentative de faire le portrait historique de la Hongrie en 1 page.

 

« Debout, Magyar ! » est clamé haut et fort dans le chant national depuis 1848. C’est peut-être tout le pays qui tient dans cette injonction : à la fois insoumise et résiliente, défaitiste et résistante, la Hongrie a souvent penché du mauvais côté de l’Histoire mais elle a traversé les siècles en encaissant les coups sans jamais tout à fait plier. Ce n'est pas le moindre de ses charmes — et sans doute l’ADN du caractère pessimiste, voire martyrologue, des Hongrois. Alternant périodes fastes et catastrophes, elle n'a cessé de se poser la même question : quelle place tenir entre union et indépendance ? C’est ainsi que les mythes fondateurs sont allés bon train pour affirmer une nation tandis que sa merveilleuse langue parfaitement incompréhensible, servit à la fois de bouclier et d’identité forte. 

Mais commençons par le commencement. Carrefour idéal entre Orient et Occident, le pays a de tout temps aiguisé les appétits. Les Romains y campèrent cinq cents ans ; les Magyars y débarquèrent de l’Oural au IXe siècle — ces guerriers redoutables que saint Étienne convertit au christianisme vers l'an 1000, posant les fondations d'un royaume durable. Puis vinrent les Ottomans, qu’il fallut cent cinquante ans pour déloger, ce furent les Autrichiens qui s’en chargèrent, et les Habsbourg prirent le relais en intégrant le pays à leur empire. Même s’ils s’entendaient bien avec Sissi, leur Impératrice chérie, les Hongrois n'étaient pas du genre à courber l'échine : la révolution de 1848 contre la tutelle de Vienne fut écrasée, certes, mais contraignit l’Autriche à lâcher du lest. Naquit alors en 1867 la double monarchie austro-hongroise, et avec elle un essor économique fulgurant. C'est dans cet élan que trois villes rivales — Buda, Óbuda et Pest — acceptèrent enfin de ne faire qu'une : la capitale Budapest vit le jour en 1873, et des travaux pharaoniques la transformèrent en joyau à l’image de Vienne. Ou plutôt en rivale de Vienne, vu du côté Magyar.

Le XXe siècle fut moins clément. La Première Guerre mondiale signa la fin de l'Empire et infligea au pays, le 4 juin 1920, son plus grand traumatisme collectif : le traité de Trianon. La Hongrie subit une amputation brutale : deux tiers du territoire perdus du jour au lendemain, un Hongrois sur trois devenu citoyen des pays avoisinants, 400 000 réfugiés des territoires perdus vers la Hongrie ! La tentation de les récupérer poussa le pays dans les bras de l'Allemagne nazie — une alliance dont il ne sut pas sortir à temps, participant jusqu'au bout, et à sa honte, à la déportation et à l’assassinat de 600 000 de ses Juifs en 1944. Exsangue, le pays fut libéré par les soviétiques mais passa de facto sous leur coupe pour plus de quarante ans. En 1956, Budapest osa pourtant se soulever : une insurrection portée par une jeunesse en feu, écrasée en quelques jours par les chars russes, au prix de 3000 morts et de 200 000 exilés. Pourtant, même muselée, la Hongrie restait à part. On la surnommait « le baraquement le plus gai du camp socialiste », preuve qu’un certain esprit d’indépendance survivait aux barbelés. 

La suite allait lui donner raison. Au printemps 1989, avant même que le mur de Berlin ne tombe, la Hongrie avait déjà discrètement ouvert sa frontière avec l'Autriche. Des milliers d'Allemands de l'Est s'y engouffrèrent, et le fameux pique-nique paneuropéen resta dans les mémoires comme le coup de grâce symbolique porté au rideau de fer. Le pays tourna la page sans fracas, adopta la démocratie parlementaire et se tourna naturellement vers l'Occident : membre de l'OTAN en 1999, puis de l'Union européenne en 2004, la Hongrie semblait avoir définitivement choisi son camp. Mais la démocratie magyare réservait encore des surprises. 

La vie politique connut ensuite une alternance, avant que Viktor Orbán et son parti le Fidesz ne s'imposent durablement à partir de 2010, enchaînant les victoires aux élections de 2014, 2018 et 2022 ; faisant sien un concept promis à la postérité : l’"illibéralisme", de tendance souverainiste et conservatrice. Réformes profondes des institutions, bras de fer répétés avec Bruxelles sur les dossiers migratoires et budgétaires, positions accommodantes vis-à-vis de Moscou : la Hongrie devint l'enfant terrible de l'Union européenne !

C'est dans ce contexte qu'émergea Péter Magyar, ancien proche du pouvoir reconverti en opposant inattendu. Surgi sur la scène politique en 2024, son mouvement TISZA créa la surprise aux élections européennes en talonnant le Fidesz, première recomposition de l'opposition depuis des années. Les fêtes de commémoration du 15 mars 2026 sonnèrent comme une répétition générale : Budapest fêtait déjà son futur 1er ministre. Le 12 avril, les urnes confirmèrent l’intuition de la rue, et avec quelle ampleur : une majorité des deux-tiers au parlement, et seize ans de règne d’Orbán refermés d’un coup. 

Reste à savoir comment l’étoile hongroise brillera parmi ses consœurs du drapeau européen. Vivement la suite au pays DU Magyar où l’on ne s’ennuie décidément jamais. A bon entendeur…

budapestparcours@yahoo.fr

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